
L’Inspiration, une expérience hors du commun
Je revenais chez moi d’un cours de peinture avec la ferme intention de terminer
mon tableau.
Je fixais la peinture sur le chevalet avec détachement.
Et tout d’un coup, j’éprouvai une sensation étrange à la fois de calme et de puissance.
Je voyais clairement ce qui était caché quelques minutes plus tôt.
Ma main choisissait automatiquement les couleurs justes.
Mon œil harmonisait naturellement les coups de spatule sur la toile.
Une connexion directe s’établit entre la pensée, la couleur et la forme, à un rythme vertigineux.
Je ne faisais qu’un avec cette force créatrice.
Tous les morceaux du casse-tête étaient alors assemblés.
Aussitôt exécuté, aussitôt terminé.
Je repris mes esprits et essayai de comprendre ce qui venait de m’arriver.
Certains expliquent ce phénomène comme un « état de grâce », une « révélation » ou un « souffle divin ».
D’autres parlent d’un « état de transe », de « canalisation » (channelling en angl.).
Le psychologue d’origine hongroise Mihaly Csiksentmihalyl allègue le concept de « flow » (flux en fr.), cet état mental dans lequel une personne est tellement concentrée dans ce qu’elle fait, que rien d’autre ne compte.
Une nouvelle théorie, dite des deux cerveaux, a émergé ces dernières années. Elle soutient que les deux hémisphères s’activent en complémentarité pour donner à la pensée son efficacité et sa flexibilité. Quand un artiste peint, ce serait le cerveau « intuitif », l’hémisphère droit qui serait dominant.
Quant à moi, je définis l’inspiration comme un mélange explosif de motivation, de silence intérieur, de concentration extrême, d’ouverture, d’intuition, et de technique.
A l’inverse de mon interprétation logique, il y a le ressenti, qui est au cœur même de ce phénomène.
Lorsque j’ai vécu cette expérience, je me sentais comme un « canal » par lequel les idées nouvelles, les sensations, les émotions (sérénité, plénitude) m’étaient transmises de la tête jusqu’aux bouts des doigts.
Sous l’emprise de cette force vibrante je savais exactement quoi peindre.
Pour moi, c’est cela l’inspiration : savoir sans savoir.
D’où vient-elle? De l’inconscient, de Dieu. Je ne sais pas.
Mais quand je revois ce tableau sur lequel transparaissent l’enthousiasme et l’urgence de créer, je me dis que ce fut un moment magique, un instant de pur bonheur.